Chroniques Nîmoises

Billet du Jour #9

Par Sarah

Sarah nous raconte son confinement. Brin d’humour, réalité sans tabous, tracas et joies du quotidien rythment ses billets.

Écrit le mardi 24 mars 2020.

Ce matin, je n’ai pas le temps de traîner.
Je me prépare en deux deux, vite fait bien fait.
Je demande une attestation au voisin.
J’hésite entre cocher « déplacements pour effectuer des achats de première nécessité dans des établissements autorisés »
ou
« déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes
vulnérables ou la garde d’enfants ».
Je coche les deux parce que je dois déposer à ma mère des denrées alimentaires…
Je démarre ma voiture et en avant direction Nîmes !
*
J’arrive à l’inter de Courbessac.
M’équipe d’un caddie et d’un sac.
J’ai 5 ans dans les rayons, je fais rouler le caddie et me laisse glisser sur un pied.
En me dirigeant vers la sortie, une file d’attente est en train de se former.
Je repère une silhouette, un visage et une démarche familière.
Je n’y crois pas…C’est mon grand-père !
Je l’interpelle. Il ne m’entend pas.
Il s’engouffre dans les rayons.
Le vigile voit la scène. Avec un regard et un sourire il me fait comprendre  » je surveille ton caddie, tu peux y aller, c’est bon »
*
Je rattrape mon grand-père.Il se retourne. Les yeux humides, on hésite à se prendre dans les bras.
« Rooo c’est bon ma fille ! Viens là ! »
On n’a pas respecté les gestes barrières, nous voilà hors la loi…
On ne s’était pas revu depuis 9 ans, depuis l’année où mon père est décédé.
D’ailleurs son nom sur sa pierre tombale s’efface…Il y va régulièrement.
Il a essayé le marqueur, mais ce dernier ne résiste pas au temps.
Nous allons réfléchir à une solution…
On échange nos numéros. Le temps file.
Ça prend deux minutes de passer un coup de fil.
Il demande des nouvelles de toute la famille. Il pense à nous souvent .
Elle n’a pas changé, ma grand-mère.
Je le cite « toujours dur comme fer ».
On en rit. Il voudrait une fois tout ça finit qu’on se réunisse les enfants, les tatas, les tontons les cousines et les cousins .
« Oui, mais tu sais maintenant, à nous tous, il faudrait un immense jardin… »
Il me répond: « tu sais ma fille, ça se fait même dans un appartement, l’essentiel c’est d’avoir le cœur grand ».
*
Je ressors le cœur comblé de joie…
Je remercie le vigile « Vraiment merci Monsieur, c’était mon grand père ! »
 » Normal madame, faut rester humain quand même ! « .
En rangeant mon caddie, je vois un homme assis contre l’abri. Il fait la manche, et se protège de la pluie.
Je regarde dans mon porte monnaie.
J’ai le choix entre la pièce de 50 cts et un billet de 5€. Je lui donne ce que j’ai …
Me voilà en route pour aller à la résidence autonome où est confinée ma mère.
J’ai comme consigne de laisser le sac de courses au portail. Quelqu’un va venir le récupérer.
Je suis devant. J’attends. La personne vient.
Je ramène un sac plein de microbes, mais je ne peux même pas dire bonjour à ma mère.
*
« Sarah !!! Coucou ma chérie !! » me lance- t-elle de loin, la voix sanglotante entre tristesse et bonheur…
« – Bonjour Maman !! Je t’ai pris tout ce que tu m’as écrit sur le texto, et en plus pour ton moral un marbré au chocolat !
Merci ma fille, à bientôt j’espère, je t’aime, embrasse tout le monde « 
Là pour le coup, j’ai le cœur en miettes…
Je ne me laisse pas abattre… C’est le temps d’on ne sait combien de temps.
Je rentre. En fait non.
J’ai fait quelque chose mais je ne vous direz pas quoi.
*
Je peux juste vous dire que j’ai fait une autre bonne action, évitant à deux personnes de tomber en dépression.
Revenue à destination, je me suis lavée les mains.
J’ai nettoyé, aspiré, astiqué, dans les moindre recoins.
J’ai dépoussiéré, secoué, frotté, le tout avec entrain.
Puis, avec les enfants on a fait les exercices quotidiens.
*
Ensuite, j’ai pris la décision de me « dé rouiller », sur des grands classiques.
FUGEES, Wu-tang Clan, Blackstreet, 2 pac, Mob deep.
J’avais oublié l’existence de certains muscles ! Ça m’a fait un bien fou !
Je n’ai pas réussi à toucher mes pieds avec mes mains… J’avoue.
J’ai refais les étirements et les pas que je faisais il y a plus de 15 ans, ou peut-être plus ?
( Je ne sais remonter le temps que jusqu’à 15 années en arrière… )
Avant le confinement, je dansais seulement à l’occasion.
Du moins avec quelques verres dans le nez, avec les ami.e.s ou la famille, et quand surtout je me sens en sécurité.
Bref, si j’ai la foi je recommence ce petit training demain.
Je rejoins Jade…( c’est le nom de ma bière).
Peut-être que ce soir, je croiserai Marie-Jeanne.
Je vous embrasse.
*

Écrit par Sarah Lahouari

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