Chroniques Nîmoises

Billet du Jour #4

Par Sarah

Sarah nous raconte son confinement. Brin d’humour, réalité sans tabous, tracas et joies du quotidien rythment ses billets.

Écrit le jeudi 19 mars 2020.

Je ne sais pas si ce billet sera teinté d’humour.
Je me suis réveillée de mauvaise humeur. Cette nuit de vieux démons sont venus me rendre visite.
Quand tu as vécu des moments difficiles et certaines violences, la réalité c’est que ton cerveau a du mal à les conjuguer au passé…
*
Je jette un coup d’ œil à mon téléphone.
SMS de la banque. Ça y est je suis à découvert.
Après le confinement j’voulais me mettre au vert. Je vais y arriver, j’espère.
Ça fait des années que je n’ai pas pu faire “Martine au Ski “, “Martine à la plage”, “Martine en Cévennes” “Martine sort du Gard”.
Il y a des mois où c’est vraiment la galère.
Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières. Mais confinement ou pas, ça, ça ne change pas…
La triste vérité c’est que je fais parti de ces gens qui vivent grâce aux minimas sociaux.
Pas par choix, ou parce que je suis une flemmarde.
Mais parce que des enfants, ça fait des années que j’en ai la garde.
Même quand j’ai vécu avec un conjoint, le mi-temps c’était pour moi, les parenthèses de carrière c’était pour moi, le bon salaire de mes supérieurs hiérarchiques c’était pour eux, alors que certaines de leurs missions devenaient miennes .
#inégalitésfemmeshommes
*
Covid ou pas ne seront pas reportés les dépenses alimentaires, le loyer, les factures, plus celles de régulation. Je ne risque pas l’indigestion.
J’ai un toit, un logement assez grand, non insalubre, ni surpeuplé. J’ai des papiers, et des voisins aimants.
Une pensée aux personnes enfermées dehors ou dedans …
*
Café, clope, caca…
Ça y est on n’a plus de PQ… On n’a pas de ce genre de réserve.
Le PQ ce n’est pas pas grave. En bonne arabe que je suis j’ai la technique pour m’essuyer le derch.
#réflexiondefond
Mais on n’a plus de farine, voilà la dech !
Je m’étais dit : “Ah ben vu que le carnaval des enfants est annulé, vu que pour une fois j’avais anticipé le déguisement, vendredi on le fera à la maison, et je ferai des crêpes !”
On verra demain si l’inter du coin sera ravitaillé.
Une pensée aux caissières et employé.es de supermarché.
*
Sinon c’est cool, aujourd’hui en traversant la rue je n’ai pas trouvé du taf, mais découvert en plein soleil… un banc !
Qui plus est, situé au milieu de chants d’oiseaux et de roucoulements .
Le tout non couvert par les voix aiguës de mes enfants.
Un petit moment de paix et de tranquillité, ça n’a pas de prix.
Je suis rejoint au bout de quelques minutes, (qui m’ont semblé être des heures) par mes enfants.
Mais…
La police municipale passe et nous dit de rentrer les enfants pour ne pas choquer les gens et respecter le confinement .
“Désolé Mr l’agent, mais nous avons le droit d’être à proximité du domicile pour faire une activité physique.”
Franchement même avec les chiens ils sont peut-être plus cléments.
*
Mon acte militant d’hier n’a pas tenu longtemps.
Si on veut des chaussettes et des culottes propres faut que je m’y mette.
Pendant ce temps, ma fille s’affaire au dessin solidaire.
Sa maîtresse a eu la bonne idée de faire dessiner aux enfants des jolies choses pour les personnes en maison de retraite.
#solidaritéinterG
Mon humeur va un peu mieux.
*
Je décide d’appeler mon amie Thémis.
Une Thémis à Nîmes, il y en a qu’une !
#désolétupasseraspasincognito
Je ne vous dirai pas ce qu’on s’est raconté, c’est top secret!
Je peux juste vous dire qu’elle est en galère avec des étagères.
*
“Maman j’menmuie”.
Viens on descend jouer au ballon.
Les passes se sont transformées en un coup dans le nez (de ballon hein !).
On change de jeu. Nous voilà sur un parcours de motricité improvisé sur des p’tits rochers anti-stationnement.
On fait attention à ne pas écraser les gendarmes (les insectes hein !), les marguerittes et les pissenlits.
Comme dit un passant “faut bien qu’ils fassent quelque chose ces gosses”.
Mais je crains les conséquences de “l’état d’urgence sanitaire”. Je sens que ça ne va pas trop nous plaire…
On se fera des fiestas de nos balcons.
Mon vague à l’âme n’est plus qu’une écume pour aujourd’hui.
Pour l’instant, pas de mousse, je bois un peu de rosé dans un verre “bière de ouf”.
Ah…Le Spot c’était la belle époque !

*

Écrit par Sarah Lahouari

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