Chroniques Nîmoises

Billet du Jour #28

Par Sarah

Sarah nous raconte son confinement. Brin d’humour, réalité sans tabous, tracas et joies du quotidien rythment ses billets.

Écrit le lundi 13 avril 2020.

Tout à l’heure en m’endormant je me suis dit qu’aujourd’hui je vais :
– Couper les ongles des mains et des pieds de tout le monde.
– Démêler et soigner les cheveux de tout le monde.
– Ranger la maison des chambres au salon.
– Re faire une chasse aux œufs.
– Faire des crêpes.
– Manger des crêpes.
– Faire un peu de sport
– Étendre le linge.
– Colorier avec les enfants.
Mais ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé.
À la place j’ai traîné au lit jusqu’à 10h00, jusqu’à que les enfants se réveillent.
J’ai préparé leur petit déjeuner.
Je me suis douchée.
Puis on a chanté des comptines.
Je me suis éclipsée dans la cuisine avec Nina Simone et Otis Redding.
Une fois la vaisselle et le plan de travail nettoyés, j’ai fait une pause sur la terrasse.
J’ai lu.
On a déjeuné.
J’ai continué de lire dans mon lit.
Puis, on est venu me dessiner des grains de beauté sur les mains.
Ensuite, mon ado est venue me taper la discute. Ça faisait longtemps tiens…
“Maman… Il y a ce qu’on sait déjà, et ce qu’on va vivre. Et on va remettre en question ce qu’on pensait savoir. Et des fois, même si on savait on n’a besoin de le vivre et de le ressentir. “
On s’est aussi remémoré ses souvenirs d’enfance…
C’est plaisant de voir que ce que j’ai semé dans son cœur résonne aujourd’hui et prend tout son sens pour elle.
À la place des crêpes pour le goûter c’est biscottes à la confiture de fraises et croquage de pomme.
On s’adapte quand maman a une flemingite aiguë.
Mais aujourd’hui, j’ai aussi beaucoup réfléchis.
En cette période de privation de libertés, je me rends compte: la liberté qu’on porte avec nous toute notre vie est celle d’agir.
Il y a le pouvoir que les autres veulent avoir sur nous.
Celui qui est dicté.
Celui qui veut nous faire peur pour mieux nous soumettre.
Celui qui à tout prix veut préserver la sacro sainte productivité.
Au prix de nos vies s’il le faut.
Ma mère n’en a pas chié pour me mettre au monde pour ça !
Ces autres ne peuvent pas prendre le pouvoir sur notre volonté de posséder et de jouir de nos vies…
Je ne peux pas changer à moi seule tout un système.
Mais je peux changer ma façon de vivre.
Je vais devoir abandonner la volonté que la majorité évolue.
Arrêter de croire qu’il va y avoir une prise de conscience.
Rien ne changera dans le cadre qu’on nous impose.
Trop de personnes veulent conserver ce cadre qui les sécurise.
Même s’il faut dénoncer son voisin qui ne respecte pas les règles imposées par un petit groupe au grand pouvoir.
Un groupe est composé d’individus.
Et je commence à croire que l’individu peut en agissant sur sa propre vie, sans le vouloir, avoir un impact sur la dynamique du dit groupe.
Ça va me demander des sacrifices…
Évidemment, il va y avoir du ménage dans mes relations.
Certains liens vont se resserrer et de nouveaux se tisseront.
Je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre.
Mais je sais que je ne veux pas être complice de ce qui se trame.
Je ne veux pas de leur monde.
J’ai une responsabilité envers mes enfants.
Garder les bras balans, en attendant qu’on décide comment on va nous asservir encore plus, ça ne fait pas partie de mon plan.
Et j’en ai rien à faire des gens qui me taxeront de radicale, de marginale, ou de sorcière…
Le chemin va être long. Je pars de loin.
Mais faut bien partir de quelque part…
Gardez la pêche…
Carressez votre abricot…
Ou votre poireau…
C’est bon pour la santé !
P. S: Ce soir ne cassez pas votre télévision.
Les pavés ou autres projectiles n’arriveront pas à destination…

 

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